A LA RENCONTRE DES KAZAKHS DE MONGOLIE

Par Maya

Crédits texte et photos :,Borealis Voyages – Terres boréales

Cela faisait plusieurs années que je rêvais de découvrir cette terre du bout du monde… Je ne sais pas pourquoi cette destination me fascinait autant. Peut-être la beauté exceptionnelle de ses paysages où le ciel et la terre semblent chaque fois se perdre à l’infini, peut-être le mode de vie de ces nomades vivant dans des yourtes plantées au milieu du nulle part, suggérant un sentiment de liberté absolue, peut-être aussi tous ces visages façonnés par la rudesse du temps mais qui au premier sourire vous ouvrent les portes de la générosité et du partage… Peut-être tout simplement, un savant mélange de tout ça…

En septembre 2010, Nord Espaces / Boréalis Voyages m’ont donné la chance superbe de pouvoir enfin réaliser ce rêve d’enfant et de vivre comme certains, un véritable rendez-vous en terre inconnue… Je n’aurais malheureusement pas assez de pages pour vous raconter tout ce que j’ai vécu pendant cet inoubliable voyage… voilà juste un court résumé de cette escapade à l’autre bout du monde… Un court récit qui je l’espère donnera l’envie à certains de pousser les portes d’une destination hors du commun, où l’on part à la rencontre de ciels superbes, des autres mais aussi de soi

23 septembre 2010

Ma sœur et moi partons pour Roissy, destination Pékin. N’ayant pas de possibilité de vol direct pour Oulan Bator, nous avons dû passer par la Chine avant de nous rendre en Mongolie. Premier voyage entre sœurs, nous sommes envahies toutes deux d’un drôle de sentiment, mélange étrange entre excitation, curiosité et peur totale de l’inconnu… Nous voilà à bord d’un avion d’Air China : il est 20h20, attachez vos ceintures, le décollage est imminent…

24 septembre

Après 10h de vol, nous atterrissons à Pékin. Nous découvrons un aéroport flambant neuf, rénové à l’occasion des derniers JO. Cherchons un représentant de la compagnie pour nous transférer à l’hôtel. Il est encore tôt lorsque nous posons nos affaires dans nos chambres. Et si on allait visiter la place Tien an men ? Nous voilà donc embarquées à bord d’un bus régulier à destination du centre de Pékin. Je suis surprise de découvrir autant de buildings modernes. J’avais une autre image de la Chine, plus ancienne, plus traditionnelle. C’est intéressant de confronter ses propres images à la réalité…. Fin d’après-midi, le ciel de Pékin se couvre d’une douce teinte orangée. Sur la place Tien an men, nous apercevons une foule de gens, brandissant au bout de leur main, un petit drapeau rouge. C’est le 61ème anniversaire de la fête nationale chinoise ! Nous découvrons une ambiance extraordinaire avec en fond, la façade de la Cité interdite. Les gens semblent heureux. Pas de son de trompette ni de tambour. La fête se déroule dans un silence étonnant… Retour en métro jusqu’à l’aéroport puis notre hôtel. Il est tard, demain lever matinal pour prendre enfin notre vol à destination d’Oulan Bator…

25 septembre

Il est 6h30 du matin. On nous annonce que le vol de 8h pour Oulan Bator est annulé à cause des mauvaises conditions de vent. Prochain vol à 19h00. Nous décidons de rester à l’aéroport en attendant l’embarquement.

20h30 : Ca y est ! Nous sommes dans l’avion ! Dans quelques heures, nous serons en Mongolie. On a du mal à y croire. Le cœur se sert un peu plus à chaque minute… Nous prenons notre repas puis fermons doucement nos yeux… Après env. 2h de vol, nous atterrissons à l’aéroport d’Oulan Bator. Il fait nuit, impossible de voir quoi que ce soit à part les lumières de la ville. Nous sommes accueillies par notre représentant local et transférées à notre hôtel, l’hôtel Palace, situé à proximité du centre de la capitale mongole…

26 septembre

Après une bonne nuit de repos, nous découvrons la salle du petit déjeuner de l’hôtel. La veille, un mariage avait eu lieu laissant tout autour, une décoration « kitch » avec des ballons blancs accrochés un peu partout… Ambiance décalée mais la table du petit déjeuner nous donne fortement envie !!!

9h30 : arrivée de notre jeune guide, Binderia qui parle un excellent français. Départ pour la visite d’un des monastères les plus importants d’Oulan Bator : Gandantegchenling. A l’approche du monastère, nous réalisons que nous sommes arrivées en Mongolie. Nous découvrons avec fascination l’intérieur de cette ancienne bâtisse bouddhiste où trône en plein milieu, une statue de plus de 26m de haut, représentant le Dieu de la paix. Il règne une ambiance douce et protectrice ; des habitants venus se recueillir, tournent les 108 moulins à prière installés tout autour de la statue ; nous restons sans voix…

Poursuite de notre découverte de la ville par la place principale avec l’impressionnant parlement où domine avec beaucoup d’élégance la statue de Gengis Kahn, figure emblématique de la Mongolie. Nous découvrons également le théâtre et l’opéra avant de nous rendre entre autre, au musée d’histoire naturelle. Un panorama très intéressant sur la faune et la flore mongoles accompagnée d’une exposition passionnante sur les dinosaures (plusieurs squelettes quasi intacts ont été retrouvés dans le désert de Gobi, au sud du pays). Déjeuner puis un peu de shopping avant de nous rendre en soirée dans un petit théâtre local pour assister à un sublime spectacle de danses et de chants traditionnels… L’évasion est totale et nous rentrons à l’hôtel avec déjà, des images plein la tête…

27 septembre

Transfert matinal à l’aéroport d’Oulan Bator. Nous embarquons à bord d’un petit avion de la compagnie Aéro Mongolia à destination d’Ulgii, située à plus de 1700 km à l’ouest de la Mongolie. Un survol sublime de 3h au dessus des sommets enneigés de l’Altaï ; le temps est clair et le ciel bleu profond… Je n’en crois pas mes yeux ! Les paysages vus du ciel donnent une dimension supplémentaire à tout ce à quoi j’avais rêvé… Après un atterrissage en douceur et la récupération de nos bagages, nous rencontrons Kadeberk et Bija, notre guide et traducteur pour la durée de notre périple dans la région de Bayan Ulgii. Nous voilà donc en territoire kazakh ! Enfin, en territoire kazakh-mongol devrais-je dire ! Ici vivent en parfaite harmonie plusieurs ethnies dont la plus importante est celle des Kazakhs. Venus il y a bien longtemps du Kazakhstan, ces derniers possèdent une identité particulièrement forte, mélange subtil entre culture kazakh et culture mongole. Nous nous installons à bord d’une ancienne jeep russe. Ca y est ! Le ton est donné : nous partons pour l’aventure ! Pendant le transfert jusqu’à la maison de notre hôte, nous découvrons la ville d’Uglii. Surprenante, plantée au bord d’une rivière, elle semble d’un autre âge où cohabitent maisons en terre et yourtes kazakhs, magasins, école et troupeaux de moutons. Malgré l’aspect pauvre des rues, nous ne ressentons bizarrement aucune misère. C’est avec le sourire de Manshuk, l’épouse de Kaderbek que nous sommes accueillies à notre arrivée. Une petite maison en terre au fond d’une cour et une yourte destinée aux invités. La déconnection avec notre propre monde est totale. Il n’y pas d’eau courante ni de véritable sanitaire et pourtant en rentrant dans leur maison, on découvre un confort plutôt moderne et même une télé ! On nous offre le fameux thé au lait mongol et quelques douceurs sucrées. Premier contact avec la population locale. Le feeling passe tout de suite et nous nous rendons compte rapidement que l’humour sera un moyen de communication fort et fédérateur.

Départ pour une visite guidée à pied de la ville. Arrêt au musée ethnographique qui présente sur 3 étages tous les aspects de la vie et de la culture kazakhe. Traversée de la place principale avec la mairie et le théâtre municipal. Nous découvrons l’emblème d’un aigle trônant fièrement au milieu d’un parc. Cela nous rappelle que la ville est en pleine effervescence. En effet, dans quelques jours, se tiendra à quelques kilomètres du centre-ville, le 12ème festival annuel des aigliers d’Ulgii. Retour chez Kaberbek et Manshuk pour le déjeuner puis notre guide décide de nous emmener à l’extérieur de la ville, par delà les vallées environnantes pour une première rencontre avec la nature mongole. A bord de notre jeep russe, c’est un sublime paysage de montagnes multicolores qui se présente devant nos yeux fascinés. Le mouvement des nuages modifie chaque fois un peu plus le panorama sur ces montagnes désertiques. Nous croisons un important troupeau de chèvres et de moutons et décidons de faire quelques arrêts pour faire nos premières photos. Une restera sans doute inoubliable : celle d’une vallée à perte de vue, parsemée de petits bouleaux aux teintes orangées, d’une yourte fumante et d’un glacier en arrière plan… Il fait beau, nous sommes toutes deux envahies par un extrême sentiment de liberté… Kadeberk poursuit sa route. Nous traversons une rivière pour atteindre la yourte d’une famille kazakhe. Je me sens particulièrement fébrile à l’idée de rencontrer ma première famille de nomades. Une petite fille aux cheveux courts, toute habillée de rose vient nous saluer avec timidité… Son regard est profond et malgré un visage sali par la terre, elle rayonne de beauté. Nous entrons dans la yourte et découvrons deux jeunes femmes afférées autour du poêle. On nous invite à nous asseoir autour de la table puis partageons tous ensemble le traditionnel thé au lait accompagné de quelques beignets faits maisons. Nous distribuons quelques petits cadeaux souvenirs en signe d’amitié. Nous sommes tout aussi curieuses que ces jeunes femmes et entamons quelques échanges sur nos enfants respectifs…

Sur le chemin de retour, le ciel prend une teinte orangée et rose et c’est tout en haut d’une montagne en bordure de la ville que nous nous rendons pour assister à notre premier coucher de soleil en Mongolie. Nous nous asseyons quelques instants pour observer de tout là-haut, la ville d’Ulgii habillée d’une très belle lumière. Nous ne parlons plus ; nous nous mettons juste à écouter les bruits de la ville… Instants superbes.

Retour chez Manshuk et Kaderbek pour le dîner. Puis nous nous installons finalement à l’intérieur de la maison ; la nuit pouvant être fraîche, nos hôtes ont préféré nous laisser leur chambre pour la nuit…

28 septembre

Premier réveil un peu tardif, ça fait du bien ! Nos corps en avaient bien besoin après ce premier long périple… Derniers préparatifs avant de partir pour les environs de Sagsai, situé à environ 45 km d’Ulgii et passer 3 jours en compagnie de plusieurs familles nomades dont deux pratiquent encore la chasse à l’aigle. En chemin, nous nous arrêtons devant une statue de pierre qui remonte à l’époque du passage des Turcs en Mongolie. Plantée au milieu de nulle part, dans un décor superbe, elle inspire une étonnante sérénité. Les habitants de la région pensent qu’il y a un trésor caché dessous mais personne n’a jamais tenté de creuser pour le savoir… Nous faisons quelques photos avant de remonter en jeep et atteindre la yourte de la famille de notre traductrice Bija. Dehors, plusieurs enfants nous regardent arriver avec étonnement et curiosité. Des bouilles superbes, pleines de vie… On nous invite à entrer dans la yourte et bien évidemment, nous avons droit à notre thé au lait traditionnel et à nos petites douceurs locales. Il règne une atmosphère très joyeuse au sein de la yourte. Nous distribuons à chacun nos carambar, bonbons et autres petits cadeaux. C’est à chaque fois touchant pour nous de voir la manière dont ils découvrent ces petits présents, avec tellement de plaisir et de gratitude. Il faut dire qu’ici, on vit avec l’essentiel. Chaque objet a son utilité et sa place. Nous nous sentons un peu coupables de notre propre société de consommation et pourtant aucun regard d’envie ni de jalousie. Juste la curiosité, l’envie d’échanger et partager ; tout cela avec une étonnante fierté qui nous met vite à l’aise. Nous quittons la yourte de Bija pour nous rendre dans la yourte de nos véritables hôtes. Un charmant couple d’une quarantaine d’années avec un petit garçon de 5 ans dont j’ai malheureusement oublié le nom. Déjeuner tous ensemble sous la yourte, décoré par des très beaux tapis kazakhs. La plupart sont fabriqués par les femmes et transmis de génération en génération. Dans l’après-midi, nous partons faire notre première balade à cheval. Je n’étais pas remonté sur un cheval depuis l’âge de 6 ans. Quelques moments d’appréhension et le regard croisé avec ma sœur qui semble paniquée à l’idée de monter à son tour… Finalement, nous partons sur deux magnifiques chevaux blancs à la découverte des environs. Au retour, nous sommes présentées aux parents de Bija dont le père est dresseur d’aigle. Nous le découvrons avec ravissement en costume traditionnel, l’aigle à son bras. Nous décidons de faire quelques photos de lui à l’extérieur de la yourte. La lumière est juste irréelle offrant une image inoubliable du dresseur avec son aigle et les couleurs beige des montagnes environnantes. Le père de Bija est dresseur d’aigle depuis l’âge de 15 ans et possède son aigle depuis 5 ans environ. Dans quelques années, il le rendra au ciel pour qu’il puisse passer le reste de sa vie libre, se reproduire et ainsi perpétrer la tradition de la chasse à l’aigle. Dans quelques jours, il participera au festival des aigliers d’Ulgii.

Soirée sous la yourte où nous goûtons au plat traditionnel de l’agneau bouilli présenté avec la tête et ses intestins, accompagnés de pommes de terre et d’oignons légèrement caramélisés. Un plat unique au milieu de la table où chacun pioche à l’aide d’une grande cuillère. Ma sœur se contentera de manger la viande et les pommes de terre tandis que je décide de goûter aux intestins. A ma grande surprise, le goût et la texture se rapprochent de nos pâtes traditionnelles. Je me surprends même à me resservir sous le regard quelque peu hagard de ma sœur… Nous finirons la soirée aux sons de la Dumbra (guitare traditionnelle Kazakhe)… Première nuit en sac de couchage dans la yourte…

29 septembre

A demi éveillées, nous entendons déjà la yourte s’activer doucement ; l’eau est en train de bouillir, les poules gloussent à l’extérieur… Nous levons les yeux vers le haut de la yourte en partie ouverte qui nous dévoile un ciel bleu sans nuage. A peine habillée, je quitte la yourte avec impatience pour découvrir un spectacle matinal de toute beauté… En fond, les montagnes aux couleurs encore différentes, les chevaux qui se promènent en semi-liberté… Toute la famille est déjà dehors en train de s’occuper du bétail et de faire la traite des yacks. Il règne ce matin là une ambiance que je n’oublierais jamais… Nous préparons nos sacs à dos. Aujourd’hui, nous allons suivre à cheval notre première journée de chasse à l’aigle en compagnie du père de Bija et d’un autre aiglier, habitant la yourte proche de la notre. Ils ont revêtus leur costume traditionnel et portent à bout de bras leur aigle fièrement dressé. Instants totalement irréels. Ma sœur me demande si nous ne rêvons pas tellement cette culture nous apparaît d’un autre temps… Après environ 1h de balade à cheval, nous atteignons les premières montagnes et partons à l’ascension de l’une d’entre elles en suivant en silence nos deux aigliers à cheval. Nous marquons une pose pendant que les chasseurs poursuivent leur ascension. Au fil des minutes, nous finissons par ne plus apercevoir que deux silhouettes à cheval. Le temps d’arrête, c’est le début de la chasse… Ici, on vient chasser le lièvre, le renard, les jeunes loups et l’antilope, selon les saisons. Du haut de la montagne, seuls les yeux de l’aigle peuvent apercevoir la proie à chasser. C’est une chasse où la patience est le maître mot. Nous rentrerons bredouilles de cette première journée de chasse mais qu’importe ; le plus important était d’avoir partagé tous ces moments en compagnie des dresseurs ; nous avions le sentiment d’être vraiment très privilégiées d’autant que cette activité est généralement réservée aux hommes ; les femmes restant dans les yourtes à préparer les repas et à s’occuper des autres tâches journalières. Retour à la yourte vers 18h00. Nous sommes KO mais remplies de sublimes images. Après le repas, nous décidons de nous mettre au lit, laissant la famille chanter autour de la Dumbra…

30 septembre

Nous nous réveillons avec quelques courbatures. Il faut dire aussi que nous ne sommes pas des cavalières averties mais bon qu’importe, une nouvelle journée de découverte et de partage s’annonce sous un ciel toujours aussi bleu et sans nuage… Il est prévu de faire une seconde sortie à cheval pour suivre les aigliers dans une nouvelle partie de chasse. Ma sœur décide de rester auprès des femmes pour partager un peu de leur quotidien et dessiner quelques aquarelles. Pour ma part, je pars à nouveau en compagnie de nos aigliers en empruntant un autre itinéraire. Il fait étonnement chaud. Comme la journée précédente, nous les suivons jusqu’à un certain point avant de les laisser seuls poursuivre l’ascension. Cette fois-ci deux renards sont aperçus malheureusement les aigles ne seront pas aussi rapides ! Dommage. Pause déjeuner en pleine nature. C’est le moment pour nos fiers compagnons de parler technique et dressage. D’ailleurs, cet après-midi, ils s’entraîneront avec leur aigle en vue du festival d’Ulgii. C’est encore un moment privilégié que de rentrer dans cette intimité qui relie l’homme à l’animal. J’aurais même l’opportunité de tenir un aigle au bout de mon bras. C’est impressionnant et l’aigle parait si grand ! Retour à la yourte. Quelques nuages épars aux formes allongées viennent de s’inviter dans ce ciel infini. La lumière est tellement belle que nous improvisons une séance photos entre femmes. Nos compagnes kazakhes décident de nous prêter deux de leurs foulards tandis que nous les maquillons un peu. S’en suivra une série de photos inoubliables pendant lesquelles nous aurons partagé beaucoup de rires et de sourires ensemble. C’était vraiment génial de vivre ce moment de complicité entre femmes de culture différente… Dernière soirée sous la yourte. Nos cœurs sont déjà serrés à l’idée de quitter tout ce petit monde mais profitons encore de leur joie de vivre et de leur générosité. Une bouteille de vodka russe viendra compléter à merveille nos chants en kazakh et en français…

01 octobre

Pendant ce séjour au milieu des steppes de l’Altaï, nos appareils photos ont beaucoup intrigué les nomades. Nous avons découvert qu’ils adoraient poser en compagnie de toute leur famille. Nous avons donc été nommées « photographes officielles ». Ce matin, avant de revenir sur Ulgii, nous sommes parties toutes les deux visiter une autre famille kazakh qui souhaitait faire quelques photos dans leurs costumes traditionnels. Après le rituel du thé au lait, nous avons fait une série de photos de toute la famille. Nous leur avons promis de leur faire parvenir toutes ces photos dans quelques semaines. Derniers aux revoirs avec nos compagnons. L’émotion est forte et nous ne pouvons retenir nos larmes. Avant de nous laisser partir, une des veilles dames a jeté en l’air plein de bonbons ; tradition kazakhe pour nous souhaiter « bonne route et bonne chance ». Certains de nos amis aigliers étaient là eux aussi, prêts à se rendre à cheval à Ulgii pour participer dès le lendemain au festival. Nous les avons regardés s’éloigner puis nous avons déjeuné avant de remonter à bord de notre jeep, destination Ulgii. Sur le chemin du retour, nous étions bien silencieuses dans la voiture, ma sœur et moi… Nous avions le drôle de sentiment d’avoir presque quitter des amis… Au détour d’une rue de la ville, nous avons rencontré de deux nos aigliers à cheval. C’était émouvant de les revoir à nouveau… Ils avaient l’allure de deux héros d’un autre temps. Cette image nous a profondément marquée. Retour chez Kaderbek et Manshuk. Nous avons retrouvé le confort de leur petite maison avec cette impression étrange d’être revenues à la civilisation… Après avoir pris un bon thé, nous sommes parties faire un petit tour du côté du marché local, en compagnie de Bija. Nous devions prendre également notre douche dans les bains publics après 5 jours de lavage aléatoire ; malheureusement une panne de courant générale dans la ville, nous a obligés à rebrousser chemin. C’est donc chez nos hôtes que nous avons pu nous laver les cheveux. Que c’était bon…

Pour le dîner, nous avons goûté aux raviolis traditionnels faits à base de viande de cheval, accompagnés d’une salade de poivrons rouges marinés. Un vrai régal !

02 octobre

Je me suis levée la première. Je n’arrivais plus à dormir tellement l’excitation était grande de nous rendre au festival. Après un bon petit déjeuner, nous avons chargé nos appareils photos puis ce fut le départ. Le festival se trouvait à quelques kilomètres de la ville, en plein cœur d’une vallée désertique. Chaque premier week-end d’octobre, les aigliers venus de Mongolie mais aussi de Russie et du Kazakhstan se donnent rendez-vous à Ulgii pour partager deux journées de fête ponctuées par différents concours d’habilité, de force et de courage mais aussi de courses de chevaux et de chameaux. Nous découvrons quelques jeeps déjà garées, de vieux « combi » transportant quelques touristes et de nombreux marchands venus profiter de l’occasion, pour vendre tissus et autres objets artisanaux. Les premiers participants arrivent à cheval, accompagnés de leur aigle. Chacun vient s’inscrire auprès du jury, installé dans un vieux camion de couleur bleu, en plein milieu de la vallée. Il y aura au total 63 participants dont le plus jeune a 12 ans et le plus âgé 80. Qu’ils sont beaux et quelle allure superbe avec leur costume traditionnel. Panoramas hallucinants, nous nous demandons avec ma sœur si nous ne rêvons pas tellement le lieu et l’évènement nous semblent improbables… 63 participants et environ le même nombre de touristes étrangers venus assister au festival. C’est bizarre tout d’un coup d’entendre parler anglais, italien, japonais et même français ! Nous avons compté : 10 français au total sur 60 étrangers venus du monde entier ; pas si mal que ça !

Le haut-parleur se met en marche ; une musique traditionnelle se fait entendre annonçant l’ouverture du festival. C’est le président du jury et directeur du musée ethnographique d’Ulgii qui ouvre la cérémonie en abaissant un énorme drapeau bleu… Ca y est, c’est parti, les 63 participants défilent les uns après les autres devant nos yeux ébaillis… Nous découvrons aussi nos compagnons des yourtes et des chasses. Nous ne pouvons nous empêcher de les encourager un peu plus fort que les autres ; certains se retournent vers nous et esquissent un sourire fier… Nous aussi nous sommes fières comme si nous faisions un peu partie de leurs familles…

Programme de la première journée : ouverture du festival, présentation individuelle avec notation sur l’esthétique du costume, de l’aigle, etc…, pause déjeuner puis dans l’après-midi, épreuve du vol de l’aigle vers son dresseur, course de chameaux et compétition d’habilité à cheval… Nous rentrons le soir après cette première journée, totalement sublimées par tout ce que nous avons vu et vécu… Dîner puis nous partons dans le centre d’Ulgii pour assister à un concert de chants et danses Kazakhs…

03 octobre

Manshuk prépare notre futur déjeuner pique-nique. Nous prenons quelques minutes avec ma sœur pour revoir quelques unes des photos prises la veille. Nous voilà repartis pour la 2ème journée de compétition. Nous savons que c’est notre dernière journée au milieu des aigliers. Aujourd’hui, ne participeront que ceux qui ont réussi l’épreuve du vol de l’aigle de la veille. Au programme : épreuve de chasse à l’aigle avec un leurre, course de chevaux, course entre hommes et femmes et compétition de force entre deux cavaliers… A la fin de la journée, le festival s’achèvera par la remise des prix aux différents gagnants puis par une douloureuse épreuve ; celle du sacrifice d’un renard et d’un jeune loup… deux proies offertes en remerciement aux aigles compétiteurs. Je n’ai pas voulu assister à cet évènement. Même si je sais que cela rentrait dans la tradition, il m’était un peu insupportable de voir deux animaux partir à l’abattoir sans aucune chance de s’en sortir. Ma sœur a assisté et m’a finalement dit que cela se passe tellement vite qu’on a à peine le temps de voir quoi que ce soit… Ainsi va la tradition. Voilà, nous sommes au bout quasiment de notre voyage en Mongolie. Tout le monde repart… Le soleil est en train de se coucher… Il flotte un drôle de sentiment intérieur. En l’espace d’une demi-heure, la vallée est redevenue quasi déserte. Seuls les aigliers reprenant le chemin de la maison sont encore visibles… Nous croisons une dernière fois certains de nos compagnons… Un dernier au revoir par les vitres de la voiture, les larmes coulent toutes seules. Nous sommes tristes, vraiment tristes de quitter tout cela… Pour notre dernière soirée à Ulgii, nous décidons d’inviter Kaderbek, Manshuk et Bija à dîner dans un restaurant local. Nous reparlons de tout notre voyage et portons un dernier toast avant de rentrer et préparer nos bagages.

04 octobre

L’ambiance est moins festive ce matin et les cœurs sont serrés. Nous échangeons nos adresses respectives avec la promesse de s’écrire et d’envoyer des photos. Départ pour l’aéroport et derniers aux revoirs. Les larmes coulent chez tout le monde. Nous quittons des amis avec l’ultime conviction que l’on se reverra un jour, ici ou ailleurs….. Embarquement à bord d’un avion de la compagnie Aéro Mongolia et envol à destination d’Oulan Bator. A l’arrivée, nous sommes accueillies par notre guide puis transférées à l’hôtel Palace. Ca y est, notre aventure en terre inconnue a pris fin. Nous nous sentons un peu déboussolées en découvrant à nouveau les buildings et la foule de la capitale. Juste le temps de poser nos bagages, nous repartons en direction du grand marché d’Oulan Bator pour trouver quelques souvenirs à rapporter en France. Nous voulons toutes deux nous acheter une paire de bottes mongoles ! Après plusieurs recherches et essayages nous trouvons enfin notre bonheur ! Ici, ils appellent ce marché, le « marché noir » parce qu’on trouve de tout : vêtements, nourriture, objets de décoration, produits ménagers, Hifi, bijoux, etc. Retour à l’hôtel les bras chargés de petits souvenirs pour la famille et nos amis. Nous passons notre dernière soirée à Oulan Bator en compagnie de notre guide puis ce sera le retour à l’hôtel car demain, c’est le grand départ pour la France via Pékin…